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la musique fait-elle encore partie de la tradition ?

  • CULTURE

Inutil de dérouler une histoire de la musique de ses origines à aujourd’hui pour convenir de son fondement social. À l’proof, la musique a toujours existé pour être écoutée. Or, les methodes d’enregistrement et de diffusion du son n’étant que récentes, la musique ne pouvait vivre jusque-là sans au moins quelqu’un pour la jouer et quelqu’un pour l’écouter en même temps. This want for you plusieurs a situé d’emblée l’expérience musicale comme une expérience ensemble – les nombreux travaux d’ethnomusicologie ou d’anthropologie de la musique attestant de cette obligation initiale, pour la musique, de s’épanouir dans un corps social.

Quelle que soit la fonction que possédait this expérience (festive, religieuse, ritual ou bourgeoise), elle était toujours collective et faisait partie d’un tout culturel. rappelons that “Tradition, dans son sens le plus massive, est considérée comme l’ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs, qui caractérisent une société ou un groupe social.” It encompasses, outre les arts et les lettres, les modes de vie, les droits fondamentaux de l’être humain, les systemes de valeurs, les traditions et les croyances ». La musique est bien à entender dans this definition assez consensuelle de l’UNESCO as un sous-ensemble de la tradition, celle-là même qui noue les gens les uns aux autres et qui aide à s’entendre ou se comprendre, en tout cas à se definir comme groupe.

Mais cette inclusion de la musique au sein des processus sociaux et culturels classiques perd lentement de sa netteté à mesure que l’équipement des ménages évolue et que conjointement, une autre tradition s’implante – la tradition libérale. Au début du XXand siècle, l’apparition des phonographes et surtout des radiophones permet à quelques-uns d’écouter la musique chez eux, en famille ou entre amis. After the Second World Conflict, l’arrivée sur le marché des platines vinyles et des télévisions accentue le phénomène. Petit à petit, la musique est alors desvenue une tradition médiatisée, qui ne partageait plus dans l’prompt et la communion de tous mais dans des areas et des temps propres à chacun.

From protect expertise to protect expertise, and primarily due to the multiplication of modes d’écoute, the auditeurs are de plus en plus esseulés. The avènement de la tradition des baladeurs / casques however represented a decisive rupture. On sentait in impact after lengthy durations of time that the music quietly retreats from the general public sphere, however the premiere is ok when it’s opposait ostensibly. Le casque coupe concrètement du social et de ses possibilités d’advenir, il ferme l’individu sur lui-même et devient alors un symbole évident et grossier du lien social défaillant. Pour autant, la critique de la technologie pour elle-même est vaine, automotive pour qu’elle s’invente et s’implante, il lui faut a priori a good ideological terreau – en l’prevalence une appétence particulière pour tout ce qui have a tendency à individualiser ou parceliser la société et, conjointement, à disloquer la tradition.

L’évolution sociologique des goûts

Jusqu’à récemment, the plupart des travaux de sociologie de la musique ont thought of the inventive tradition as a query of teams or courses. L’ouvrage le plus frappant et le plus influential de cette mouvance est The Distinction, by Bourdieu, printed in 1979, qui renvoyait alors pratiques culturelles et goûts à de simples localizations dans l’espace social. En fonction de son métier et sa famille de él, on aimait plutôt la musique classique et le tennis ou bien la chanson populaire et la belote. Les contre-exemples pullulaient à l’époque déjà et en meme temps, avec una distance focale adaptée, on se rendait compte que la démonstración était unstoppable. Elle mettait en tout cas en lumière un fonctionnement traditionnel alors quasi-universel: l’orientation artistique comme marqueur social et comme pratique légitimée par ses groupes d’appartenance.

Seulement, théorise très tardivement, ce modèle n’anticipait pas le sens particulier qu’allait seized the modernization of musical pratiques. Il faut attendre 2004 pour voir Bernard Lahire avancer d’un pas et publier l’austère mais passionnant Tradition of people, representing the good classes of Bourdieu pour les disséquer et les faire parler autrement. Certainly one of these principales du livre is that there really exist phenomena of courses and generations, however they’re outlined aujourd’hui extra by des fermées et identifiables cultures than by a specific sensibility to the individualization of tradition. Pour le dire merely, faire partie des courses aisées, d’autant plus lorsqu’on est jeune, ne condamne plus à un environnement artistique prédéterminé; This place sociale avancée autorise au contraire une appropriation singulière d’univers composites, ce que Lahire appelle « des dissonances culturelles » between pairs.

D’après lui, la tradition artistique disparaît petit à petit comme cement uniform des groupes sociaux. À la place, chacun peut se construiré sa propre tradition, en fonction de sa sensibilité, de son histoire et de ses desirs de él. Ce n’est plus une tradition transmite mais une tradition dûment purchase, où l’on passe d’un principe de socialization subie à une dynamique de socialization lively. Il s’agit en cela d’articuler le singulier et le collectif en laissant à l’individu le choix des liens à tisser. Jusque-là, difficile de s’opposer: tant qu’il ya de l’autre, du sens partagé, il ya du social. Et c’est encore mieux si, dans cet espace social, chacun peut s’y frayer son chemin le plus librement doable.

Seulement, à peine admite l’idee qu’une tradition peut s’ériger individuellement, sans recopier precisely celle de ses dad and mom, de ses voisins ou de ses collègues, les primeres dérives se supply sentir. In impact, the restrict is especially mince between a tradition individualisée, où chacun consents to his personal appartenances, et de l’individuel sans tradition, où le goût pour telle musique or pour telle pratique culturelle ne regarde personne d’autre que l’individu en query – réduisant alors l’artwork à un mere capital privé et à un onanisme de l’esprit. Rien ne permet d’affirmer à l’heure actuelle que nous avons clairement franchi ce cap, mais la poussée civilizationnelle vers le tout liberal laisse penser que tôt ou tard, cela pourrait advenir pour de bon.

The avènement de la musique extraculturelle ?

A fast learn of L’empire du moindre mal Let me perceive our downside. Le projet intrinsicéque du libéralisme est de dégager tout le subjectif et l’intersubjective de l’espace public pour le cantonner à la pratique privée d’individus autonomous. Morales, valeurs, religions et donc affinités artistiques ne sont ainsi plus là pour lier des citoyens entre eux, pour fonder un socle commun de compréhension, mais sont relegées au rang de easy loisirs: chacun peut porter les valeurs qu’il souhaite, croire en ce qu’il veut, aimer ce qui lui chante, du second que ça ne mette en jeu personne d’autre que lui-même (hormis ceux, bien sûr, qui y consentent freely).

« Plus personne dans l’avant-garde politique et libérale ne semble vouloir voir dans l’auditeur autre selected qu’un capitaliste comme les autres. »

On this imaginative and prescient of the world completely self-centered, the music activates a brand new place. Effectively sûr, we discover that the political and social dimensions of artistes-musiciens are nearly disparate, however the evil is extra profound: that is additionally the auditor who, from a statute of citoyen / social actor, is handed à un statute de consommateur / proprietaire. Ainsi, plus personne dans l’avant-garde politique et libérale ne semble vouloir voir dans l’auditeur autre selected qu’un capitaliste comme les autres, qui paie pour son plaisir auditif de él comme il paie pour le reste. The music just isn’t extra alors envisagée as a worldwide social phenomenon vector of senses, however as an excellent stricto sensuqu’on achète, qu’on vend, et qui reste cantonné à la jouissance privée de chacun.

C’est après tout une imaginative and prescient de la musique qu’un bon nombre peuvent défendre – « mon plaisir avant tout ». Il faut pourtant prendre la mesure de ce qui est perdu: la musique comme support-témoin des groupes et des sociétés, comme helpful du vivre ensemble et comme clé d’accès aux communautés. La musique a toujours fait partie des révolutions, des mouvements sociaux et des évènements populaires; on voudrait aujourd’hui la fermer entre quatre murs ou deux oreillettes. Automobile, ne nous y trompons pas, si la musique est encore bien souvent dans les rues, c’est plus par l’inertie de certaines traditions que par la drive d’énergies nouvelles. All the remaining is a prisoner of the financial logic, with the concert events and the festivals that exist just for the benefices that the dégagents and the “free” areas are justified by the advertising curiosity of the actors involved. Quant au flot musical qui inonde les magasins ou les bars, on comprendi bien son intérêt: il renforce les photos de marque et construit par le cool des climats conducive to consommation.

On ne nie pas qu’il demeure de nombreuses résistances à la privatization et à la capitalization de la musique, mais drive est de reconnaitre que nos derniers gouvernements œuvrent vigoureusement dans ce sens: ils ne définissent plus la musique que comme un circuit économique fermé dont les seuls acteurs sont les artistes, les acheteurs et les investisseurs, circuit fermé duquel sont exclus le peuple et les groupes en tant qu’émanations strictly sociales. Autrement dit, pour celui qui ne produit pas ou ne paie pas, instantly ou non, no consideration de l’État – il est hors-marché.

Portrait du nouveau mélomane

Le profil du nouveau mélomane construit par cette ideologie est atypique. Ce mélomane n’envisage la musique que dans son de él intérêt private et égoïste de él. Il doit pouvoir l’écouter quan bon lui semble et comme bon él lui semble, mais sans jamais être contraint à entendre celle d’autrui. Il tient autant à ces deux principes et néanmoins sans voir que, la plupart du temps, ils ne peuvent s’appliquer dès lors que plusieurs individus jouxtent le même espace et aspirent aux mêmes droits que lui. Ce nouveau mélomane faux également avoir construit son capital ex nihilo. Personne lui a rien legué, c’est un self made man du sound plan. Rien n’a selon lui determiné ses goûts de él. Il ne reconnait pas de raison ou de sens social à ce qu’il aime. Pour les autres, OK: on définit les beaufs, les hipsters, les bobos, mais lui non, il ne fait partie d’aucun groupe et il exècre par-dessus tout qu’on parle de lui comme d’un sujet inséré.

« Ce [nouveau] Mélomane veut être seul, détaché de tout, enfin libre et nu de pouvoir jouir de sa musique sans l’enfer des autres. »

Ce mélomane ne vise no coherence intellectuelle. Il accumule, jouit de tout sans seucier des discours des artistes, sans se faire pénétrer par la moindre valeur véhiculée. In truth, he considers the music comme plus proche de la garde-robe que de n’importe quel patrimoine culturall commun. En société, c’est quelqu’un qui tolère toutes les promotions, toutes les emphases béates (« c’est le jeu »), et qui, par contre, ne supporte pas qu’on formulate une seule critique envers ce qu’il aime (« of what proper? »). Ce mélomane veut être seul, détaché de tout, enfin libre et nu de pouvoir jouir de sa musique de él sans l’enfer des autres. Et si l’espace social doit lui servir, ça n’est que pour fouiller et mesurer autrui, lui recopier sa musique de él dans un mimétisme inassumé; ou bien alors le jauger, le juger à l’aune de son propre capital comme étalon.

Assurément, nous en connaissons des comme ça. On en croise régulièrement. Mais le pire n’est pas là. Le pire est bien que ce démon-là nous guette tous, qu’il ne connaît aucun clevage gauche-droite, qu’il s’insinue même chez ceux qui, habituallement, font preuve de la plus grande vigilance. La musique n’est qu’un volet subsidiaire de la tradition comme habitacle du monde, voilà sans doute pourquoi elle est la première à dépérir sans que personne ne s’en sadriste – l’consideration est portée ailleurs, vers le cœur de l’ Humanité, sans voir que déjà ses contours sont en practice de s’effacer.

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